les lapins libres

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Le lapin et le territoire

 

Le lapin et le territoire

 

 

 

 

 

 

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 Macherot : "Les 3 cachettes de Civet le lapin" 1956

 

 

 

Problématique :

 

Faire correspondre notre habitat à une garenne :

 

 

 

Le comportement du lapin est très souvent lié aux relations qu'il entretient avec le territoire qui lui a été octroyé.

Cet article est destiné à expliquer ce comportement, et à trouver des solutions lorsque celui-ci s'avère incompatible avec la vie de la famille.

 

Lorsque vous adoptez un lapin, sachez déjà que vous ne serez plus l'unique chef du territoire sur lequel vous vivez. Ce rôle lui reviendra aussi. C'est un sentiment puissant et ancestral contre lequel il est difficile de lutter. Dans une garenne, il y a des chefs, c'est ainsi… Peut-être qu'en vous montrant ferme, vous pourrez tout juste prétendre à un poste de sous-chef...Essayez, vous verrez bien…Si vous êtes assez fort, c'est lui qui occupera ce poste.

 

 

Ce territoire, dans la nature, le garenne le choisit, le vôtre, non. On lui a imposé, et il ne correspond pas forcément au territoire idéal d'un lapin. Il est important de faire le point sur cette question.

Là où il risque y avoir incompatibilité entre vous et lui, c'est lorsqu'il va vouloir le modifier, avec les moyens dont il dispose : ses griffes, ses dents, sa force herculéenne dans les mâchoires, ses facultés pour se glisser dans des espaces étroits…Si vous n'avez pas anticipé ses besoins, bien sûr !

Pour être totalement apaisé, un lapin doit trouver dans sa garenne, un lieu où il s'alimente en toute sécurité, un lieu où il pourra se cacher en cas de danger, un lieu pour y faire ses besoins, un lieu où il pourra jouer, se dépenser physiquement.

 

 

Son territoire devra comporter des passages possibles d'un lieu à un autre, des issues, des zones de circulation libres. Tout obstacle sera impitoyablement châtié : gratté, mordu, dépecé, transpercé.

Un de nos coussins en a fait la triste expérience, un jour que, sans le faire exprès, il s'est retrouvé à obstruer un passage sacré.

Chaque lapin possède en tête la géographie de son territoire qu'il mémorise à la perfection, et qui lui permet de s'orienter, d'accéder à ses besoins, parfois même de ruser ou d'échapper à un danger (véritable ou pas). Il calcule ses passages, ses trajectoires, ses débouchés, ses parcours hautement sécurisés.

La preuve de cette géographie, m'a été donnée alors que nous refusions l'accès de la gamelle de Yoshi à Joséphine. Celle-ci est alors entrée dans la cabane pour ressortir au fond, passer sous le buffet, et reparaître à quelques centimètres de yoshi ! Ce parcours salutaire, destiné à contourner l'interdiction, et l'obstacle que nous représentions, ne lui a pris que quelques secondes de réflexion !

 

Si on veut les stimuler, il faut modifier l'emplacement d'un meuble ou d'un fauteuil : ils passeront du temps à reconfigurer le disque dur, pour y introduire de nouvelles distances, de nouveaux passages.

 

 

Dans la nature, les lapins passent un temps fou à « marquer » : c'est une vraie occupation que ce dépôt olfactif. Il s'effectue de différentes façons : avec l'urine, les crottes, et la sécrétion des glandes mentonnières. Ils frottent leur menton sur tous les objets, les membres vivants ou non du territoire, y compris ce qui rentre de nouveau.

C'est ainsi que la livraison d'un meuble devient une vraie curiosité, et fait l'objet de furieux coups de menton.

Lorsque vous déposez un sac, un objet sur son espace, celui-ci est immédiatement repéré, et inspecté : soit il est refusé et éjecté, soit il est accepté et marqué.

 

 

 

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Il ne faut pas toucher à ce qui constitue leur base : litière, râtelier ou cabane : les trois éléments qui correspondent aux trois fonctions vitales. Ils se repèrent à leur emplacement, à l'odeur qui s'en dégage.

C'est ainsi que le lapin défend souvent ce coin des intrusions extérieures. Qui n'a pas appris à ses dépends qu'on n'introduit pas sa main dans un lieu fermé, une cabane ou « un coin sacré » ?

Le lapin peut mordre dans ce type de situation : il se sent agressé chez lui, ou bien dépossédé de ses biens…

 

Dans la nature, le terrier est protégé, masqué par des herbes, des végétaux. Les lapins sortent en fonction de l'environnement : la nuit si les dangers sont diurnes, le jour, s'ils sont nocturnes.

Chez nous, le terrier, c'est une cabane, l'entrée n'est pas masquée, alors elle doit comporter deux issues, tout comme le dessous d'un meuble. Cette issue doit permettre la fuite en cas de danger. Le lapin étant une proie, (c'est intégré dans son disque dur), il doit forcément pouvoir répondre à cette éventualité.

 

Dans la journée, les lapins de garenne ne restent pas forcément dans le terrier. Ils se mettent à l'abri quelque part derrière une branche tombée, une souche, des hautes herbes, ou un tas de bois : on appelle ça des gîtes. A la maison, notre lapin se comporte de la même façon : il se choisit un gîte de prédilection ( ce que je nomme souvent, « un coin sacré ») dans ce que notre ameublement pourra lui offrir de plus sécurisé. Et il fait le va-et- vient entre ce gîte, et sa cabane, sa litière, et son râtelier.

 

 

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Ce sont les lapines dans la nature, qui creusent les terriers. On retrouve ce comportement chez elles, dans nos appartements ou maisons : selon les poussées hormonales (qui perdurent en dépit de la stérilisation). Fort heureusement, celle-ci permet d'éliminer les marquages à l'urine ou les crottes.

Ce comportement ancestral et nerveux peut s'atténuer avec du nervosyl.

 

 

Ils ont tendance à nous considérer comme des habitants de la garenne, même si nous sommes d'une autre espèce. Qui n'a pas été marqué du menton ? On possède leur odeur, donc on fait partie du groupe.

Pour preuve :

Leur attitude soulagée et heureuse lorsque nous regagnons la garenne après une journée de boulot à l'extérieur : peut-être ont-ils eu peur pour nous ? Si nous avions rencontré des prédateurs, nous ne serions pas rentrés ! Nous rapportons de la nourriture, lorsque nous revenons : ils s'y intéressent.

Parfois, la cohabitation se solde par des semaines, des mois de lutte acharnée, pour la possession d'un lieu : un fauteuil, un canapé...Pour nous, c'est l'enfer : un tissu à nettoyer, une assise à protéger des griffes, des dents...Pour eux, c'est la vie normale d'une garenne dont on prend possession, où on doit montrer qui on est, et s'imposer...Ou pas !

En cas de cohabitation entre espèces différentes, cela peut prendre du temps pour que chacun trouve sa place sur le territoire, et s'y sente apaisé.

Tant qu'il y a des marquages, c'est le signe que rien n'est réglé.

 

 

 

 

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On parvient à trouver un équilibre, quand soudain, un membre de notre famille, un animal d'une autre espèce, ou un petit d'homme s'invite à nouveau sur le territoire. L'équilibre est momentanément rompu : on peut déclencher ou pas, des phénomènes de marquage : crottes, pipis, plus ou moins graves en fonction du comportement hormonal du lapin (un lapin stérilisé, par exemple, marque beaucoup moins.)

C'est pour le lapin, une façon de dire au nouvel arrivant : « Ici, c'est chez moi, je suis le chef de ce territoire, sur lequel tu te trouves »

C'est aussi pour lui, le moment où il lui faut re-délimiter son espace : le nouveau venu quel qu'il soit devra être « marqué » du menton dans les plus brefs délais pour faire partie du même environnement olfactif que tous les autres composants de la garenne.

En occupant sur la durée un lieu, un endroit précis que le lapin occupe, et auquel il tient, vous finirez par le faire capituler, il considérera alors que ce bien est désormais le vôtre.

C'est ainsi que nous avons par deux fois réglé un conflit humains-lapins à propos du canapé. Quelqu'un au caractère fort, qui a su s'imposer, y a dormi plusieurs jours. Le stratagème a parfaitement fonctionné : ils n'ont plus du tout cherché à se l'approprier !

 

C'est au moment où on met en place une cohabitation que l'on se rend compte de l'importance du territoire chez ce petit mammifère. Certains le défendent avec du marquage, d'autres en attaquant avec agressivité, d'autres encore en surveillant les allées et venues du nouvel arrivant.

C'est aussi comme ça qu'on comprend que la cohabitation est gagnée : on les retrouve couchés côte à côte : le territoire est désormais partagé.

 

 

 

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Les comportements naturels de marquage persistent après stérilisation : le lapin garde son instinct, son rapport au territoire, et sa sexualité. C'est juste qu'il ne passe plus à l'acte : l'urine ou les crottes ne sont plus utilisées, il ne s'accouple plus, mais il continue de marquer avec son menton les limites de son territoire, et ce qui y entre, et à simuler des saillies avec sa femelle.

 

Tout en possédant un vaste territoire, les lapins s'éloignent assez peu de leurs bases. Cela ne veut pas dire qu'ils finissent par le réduire dans le temps. S'il survient un changement là où ils ne vont jamais, il faudra que ce changement soit répertorié (la carte de géographie, toujours…) : il ne supportera pas qu'une porte se soit fermée, ne permettant plus une issue, ou modifiant des connexions antérieures. Il lui faudra refaire régulièrement une petite visite d'inspection pour se rassurer.

C'est ce que Yoshi demande de temps en temps : on lui ouvre la porte de la chambre dédiée aux gardes, il va marquer de son menton chaque meuble qu'il connaît bien, puis il en ressort quand le moment est venu pour lui de cesser la réappropriation. Il peut ensuite rester un mois sans chercher à y retourner. Joséphine, elle, n'y va pas : ce lieu est chargé d'ondes négatives pour elle : elle s'y est retrouvée déracinée, puis stérilisée, isolée de son amoureux. C'est pour elle un lieu de détention, où elle n'avait pas choisi d'être.

Pour nous, c'est la chambre qui l'a menée vers la liberté, pour elle, c'est ce qui l'en prive. ( D'où l'importance d'envisager que votre petit compagnon, n'a pas forcément le même ressenti que vous face à une situation.)

 

 

 

 

Par rapport à une garenne de plusieurs dizaines d'hectares, nos appartements ou maisons font piètres figures. A nous d'offrir un maximum d'espace ouvert sachant qu'une petite partie seulement est choisie par eux. C'est impératif, afin qu'il puisse conserver le plus possible leur comportement naturel.

Les problèmes sont souvent issus de mal-être, provenant d'un écart considérable entre ses besoins naturels de territoire, et ce que nous lui offrons comme prestation.

 

Le lapin est un être libre par excellence, il est important de le laisser choisir son espace ouvert : les lieux où il ira, et ceux où il n'ira jamais. Si ce n'est pas lui qui choisit, un conflit pourra naître entre lui et vous.

Le sous-chef, ou le chef, c'est lui, souvenez-vous-en : il se réservera la meilleure place : c'est comme ça dans une garenne. Il est capable de chasser celui qui l'occupe !

 

 

 

 

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07/03/2016
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